L’African Music Institute s’engage à faire progresser l’éducation musicale en Afrique

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Article publié par Music in Africa le 17 avril 2018

Le manque d’infrastructures et les difficultés d’accès à l’éducation en Afrique sont quelques-uns des principaux obstacles à la professionnalisation des talents dans le secteur de la musique et ce, à l’échelle de tout le continent.

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Nicolas Boudeville, Directeur Général de l’AMI et Michael Sean Harris, Recteur

Que ce soit l’absence de professeurs compétents pour transmettre des connaissances essentielles aux étudiants, une technologie dépassée ou une pénurie d’instruments de musique, les problèmes sont nombreux et presque impossibles à résoudre sans investissement majeur.

Il y a aussi le problème des étudiants qui passent des années sur les bancs d’universités et entrent dans l’industrie avec peu de connaissances sur les réalités qui les attendent sur le terrain. Ce problème, bien sûr, n’est pas spécifique à la musique et concerne de nombreuses professions enseignées dans les universités et écoles supérieures où la théorie redondante est préférée à la connaissance pratique. La réponse à de telles tendances de l’enseignement est venue avec l’émergence de méthodes d’apprentissage intégrées dans des établissements d’enseignement plus petits, généralement privés.

L’African Music Institute (AMI) de Libreville, la capitale du Gabon, tente de briser ce système d’éducation musical désuet en proposant des programmes ultramodernes et des infrastructures de production pour les étudiants de bachelor et de master.

L’AMI s’est associée au célèbre Berklee College of Music (dont 280 anciens étudiants sont des musiciens de renom qui ont reçu des Grammys) pour concevoir des cours novateurs qui tiennent compte des connaissances et de la culture musicale africaine afin de présenter une nouvelle approche qui prépare adéquatement les étudiants pour le monde de la musique.

Music In Africa s’est entretenu avec le directeur général de l’AMI, Nicolas Boudeville, ainsi qu’avec le recteur et diplômé de Berklee, Michael Sean Harris, sur ce que l’AMI peut offrir à ceux qui cherchent à démarrer une carrière musicale réussie.

Music In Africa : comment est née l’idée de créer l’African Music Institute ?

NICOLAS BOUDEVILLE : le projet est le résultat d’une rencontre entre la volonté du Gabon de développer le secteur éducatif et culturel panafricain et le désir du Berklee College of Music de développer un projet sur le continent africain. Ce projet fera de Libreville la « ville de la culture africaine » par excellence. L’African Music Institute vise à améliorer la qualité de l’éducation musicale, à développer les compétences des enseignants et à promouvoir le développement économique et social de la région. L’objectif est de promouvoir l’étude académique de la musique pour favoriser la créativité. La meilleure formation pour les musiciens – tels que les auteurs-compositeurs, interprètes et instrumentistes – est basée sur les connaissances scientifiques développées à partir de l’enseignement et de la recherche menées dans différentes traditions et patrimoines du monde de la musique et de la danse.

Pourquoi le Gabon ?

NICOLAS BOUDEVILLE : le Gabon est fortement ancré culturellement et en termes de traditions musicales en Afrique. Le Gabon partage des langues d’origine bantoue avec des personnes vivant dans plus de 20 pays d’Afrique centrale et australe. Cela inclut le Swahili, le Xhosa et le Zoulou, entre autres. Le Gabon est un État membre de l’Union Africaine et de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). De plus, ce pays se trouve sur la frontière entre les pays francophones et anglophones. Si vous considérez ces facteurs, il y a peu de pays en Afrique qui aient un meilleur positionnement que le Gabon.

Qu’est-ce qui est différent dans le programme de l’AMI par rapport aux autres établissements d’enseignement supérieur en Afrique ?

MICHAEL SEAN HARRIS : le programme d’AMI est pour la plupart créé en collaboration avec le Berklee College of Music de Boston. Cela est vrai pour la majorité des programmes de niveau Bachelor. Des programmes de niveau Masters ont été développés pour améliorer considérablement les chances d’emploi de nos diplômés tout en les exposant aux talents et aux situations réelles qu’ils vivront. Nos cours optionnels sont culturellement pertinents et font écho à divers aspects de l’expérience musicale panafricaine.

Quels sont les défis de l’éducation musicale en Afrique ?

MICHAEL SEAN HARRIS : ce que nous observons est une différence dans la visibilité et les compétences techniques. Le désir fondamental d’exceller est là mais certains candidats sont beaucoup plus avancés que d’autres. Nous devons trouver les moyens d’offrir un programme qui correspond au niveau actuel de certains étudiants, et concevoir des méthodes pour améliorer le niveau des étudiants les plus avancés.

Un autre défi est la variété des cultures et des langues et la capacité de communiquer car l’AMI est un institut panafricain, ouvert aux candidats à travers le continent – du nord au sud et au-delà.

Comment les cours seront-ils conçus pour être plus afro centriques ?

MICHAEL SEAN HARRIS : les cours seront ancrés dans la culture africaine à travers le contenu, les facultés et les cours. Le côté afro centrique se fera ressentir encore plus à travers l’offre de cours optionnels conçus par les différentes facultés du campus AMI, et en accord avec notre vision et nos objectifs.

Qui seront les professeurs d’AMI ?

MICHAEL SEAN HARRIS : les enseignants de l’AMI seront composés de diplômés de Berklee, d’enseignants du Gabon et de partout à travers le continent ainsi que de professeurs invités des campus de Boston (USA) et de Valence (Espagne) du Berklee College of Music. L’idée même de l’African Music Institute a suscité beaucoup d’enthousiasme et d’intérêt et nous avons reçu de nombreuses demandes de participation de la part d’écoles de renommée mondiale.

Les professeurs invités seront-ils impliqués dans les programmes ?

MICHAEL SEAN HARRIS : les invités et professeurs invités seront un aspect très important des cours à AMI. Nous aurons des visites de professeurs expérimentés ainsi que d’artistes établis et de musiciens itinérants. Les visites vont varier de séjours de quelques jours à des résidences longues d’une année.

Quel genre de compétences l’AMI donnera-t-elle aux diplômés ?

MICHAEL SEAN HARRIS : les compétences des étudiants vont inclure, de manière non-exhaustive, des diplômes de : interprète, directeur musical, arrangeur, enseignant, concepteur sonore, membre d’un groupe, chef d’orchestre, directeur artistique, agent artistique, auteur-compositeur, auteur-compositeur-interprète, producteur, beatmaker, séquenceur, coach artistique et bien plus encore.

Qui peut postuler pour étudier à l’université ?

NICOLAS BOUDEVILLE : les programmes de Bachelors sont ouverts à tous les jeunes, musiciens et danseurs passionnés avec un baccalauréat (certificat d’études secondaires) ou équivalent, qui veulent transformer leur passion en une carrière professionnelle. En ce qui concerne le Master en Production, Média et Son, les étudiants devront avoir un bon niveau de technologie dans la musique, le graphisme et le son. Les futurs étudiants peuvent trouver toutes les conditions d’inscription sur le site web de l’AMI et nous contacter s’ils ont des questions.

Quelle est la date limite pour les demandes d’admission pour cette année ?

NICOLAS BOUDEVILLE : fin juillet 2018

Dites-nous un peu plus sur les installations ultramodernes d’AMI…

NICOLAS BOUDEVILLE : les salles d’enseignement d’AMI ont été conçues par Berklee ; le matériel a également été sélectionné par eux. Les étudiants qui vont s’inscrire à AMI auront les mêmes conditions d’enseignement technique qu’à Boston ou Valence. D’autre part, outre l’université, le campus pourra produire des enregistrements de niveau international. Les studios sont conçus par le célèbre architecte américain, Francis Manzella. Enfin, deux auditoriums sont disponibles dans un hall intérieur de 400 places et dans un hall extérieur de 600 places.

Y a-t-il des programmes de bourses envisagés à l’AMI pour les étudiants défavorisés mais talentueux ?

NICOLAS BOUDEVILLE : les bourses d’études constituent un véritable défi pour ce projet. Les leaders de l’AMI dans le cadre de Berklee travaillent sur deux axes : les bourses publiques nationales et les bourses privées avec des fondations de différents pays qui souhaitent soutenir ce projet culturel panafricain. L’AMI devrait avoir des bourses internes en 2019, et peut offrir un soutien financier à des étudiants particulièrement talentueux qui pourraient travailler sur certaines de leurs études à l’AMI à partir de cette année.

Akon et Davido ont récemment rendu visite à des étudiants de Berklee au Gabon. Est-ce que ce sont les mêmes étudiants qui vont étudier à AMI ?

NICOLAS BOUDEVILLE: ces artistes nous ont fait l’honneur de venir soutenir le premier atelier organisé avec Berklee. Nous avons eu plus de 100 étudiants de 23 pays africains. Un grand nombre de ces étudiants ont soumis des demandes pour prendre part à des programmes Bachelors ou de Masters à l’AMI.

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